[INTERVIEW] Décloisonner les expertises pour optimiser la création de valeur

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Rencontre avec Michael Fleury, Co-fondateur et CEO de l’agence Artilinki

Observatoire COM MEDIA : Quel processus a suivi Artilinki avant de voir le jour?

Michael Fleury : La conception de l’agence Artilinki est le fruit d’une réflexion initiée en 2005 en collaboration avec la communauté créative internationale gérée à cette époque sous une forme associative. Ce qui m’anime depuis les débuts, c’est le décloisonnement des expertises et la co-création de valeur. En 2009, j’ai transformé l’association en entreprise et fini de développer les outils pour animer cette communauté. En 2014, Artilinki est devenue l’agence globale des Makers qui comprennent des freelances et des agences spécialisées. Nous constituons des équipes à valeur ajoutée en fonction du besoin et intervenons en tant que maître d’œuvre pour la conception et la réalisation des projets les plus ambitieux.

O.C. : Solidarité, équité, comment Artilinki aborde et relie ses deux valeurs ?

M.F. : Contrairement aux plateformes de crowdsourcing, nous avons placé la solidarité et l’équité au cœur de notre modèle économique en proposant aux experts sélectionnés de co-élaborer la proposition budgétaire faite au client et en rémunérant tout travail effectué en dehors de l’effort d’avant-vente où le risque est partagé par tous. Agissant en tant que maître d’œuvre, nous sommes référencés aux achats des entreprises. C’est nous qui les facturons et nous rémunérons les prestataires sur un modèle de sous-traitance classique. Notre modèle est compétitif car nous n’avons pas de lourdeur structurelle et ce sont les prestataires qui nous rémunèrent pour l’apport d’affaires.

O.C. : Vous avez débuté au sein d’une communauté artistique en quoi cette expérience a-t-elle influencé votre business modèle ?

M.F. : Les profils artistiques “académiques” ne représentent aujourd’hui qu’une partie infime de notre communauté d’experts et seuls 4% des projets réalisés intègrent une dimension artistique. Cependant, nous avons conservé dans la gestion des projets qui nous sont confiés une part du processus créatif des artistes. Notre approche est décloisonnée c’est-à-dire que nous ne séparons pas un expert marketing, d’un expert RH ou d’un expert créatif, mais nous veillons à ce qu’ils puissent collaborer tout au long du processus jusqu’au livrable. Nous revenons ainsi au sens premier du mot « agence » qui consiste à agencer des talents afin qu’ils puissent aboutir à un résultat qui leur aurait été impossible d’atteindre en solitaire. Notre propre expertise se nourrit essentiellement sur le terrain par un travail de veille permanent. Moi-même, je passe la moitié de mon temps dans les ateliers de créatifs en quête d’idées, de partage de réalisations passées et de projets non encore réalisés mais qui sont généralement dans l’air du temps et donc susceptibles d’intéresser nos clients en quête de sens et d’innovation. Je cite souvent comme exemple, un projet confié par un grand équipementier sportif international qui nous a demandé de produire une présentation inédite et sensationnelle de sa nouvelle collection. Nous avons sollicité trois experts reconnus dans leur domaine (le premier basé à Paris, les deux autres à Clermont Ferrand et Lyon).  La collaboration de ces Experts finement sélectionnés a donné lieu à l’invention et à la livraison d’un nouveau dispositif marketing en 4 semaines ! Au final, le résultat a dépassé les espérances de notre client et ses trois experts, pourtant chevronnés, ont été surpris par la qualité de leur collaboration et les synergies déployées.

Nous déployons également au sein des projets qui nous sont confiés, un mécanisme que nous appelons la « crosspollinisation ». Nous veillons à nous inspirer des bonnes pratiques dans différents secteurs afin de faciliter la créativité d’un projet dans un secteur à la recherche d’idées nouvelles. Ainsi, nous travaillons avec des makers parmi les plus pointus dans leur domaine qui se voient offerte l’opportunité de travailler pour des clients auxquels ils n’auraient jamais pensé ou auxquels ils auraient difficilement eu accès. Les résultats de nos collaborations sont systématiquement analysés afin de servir à leur tour dans nos nouveaux projets. Tout comme une abeille participe à la biodiversité des plantes, nos makers participent à la vivacité des entreprises pour lesquelles ils interviennent.

O.C. : Quel est votre point de vue sur les actions menées par l’Observatoire COM MEDIA ?

M.F. : Les actions de l’Observatoire me semblent vitales pour la filière qui doit assurer sa transformation dans un écosystème de plus en plus complexe. Par ailleurs, j’apprécie l’originalité et la richesse issues de la diversité des membres qui le compose, mêlant annonceurs et acteurs de la communication (avec aujourd’hui, les entreprises innovantes comme Artilinki). Cette diversité est une vraie particularité pour l’Observatoire vis à vis des autres réseaux. C’est ce qui m’a donné envie de rejoindre l’association.

Je souligne aussi le réel dynamisme de l’équipe dirigeante en quête de solutions pour augmenter son efficacité et accélérer son soutien aux acteurs de la communication. Ils ont ouvert une voie intéressante avec les Chemins de l’Innovation, où tant de choses sont à faire mais je leur porte ma confiance et mon soutien pour les accompagner dans cette action comme dans les autres. Il est important que les membres eux-mêmes se mobilisent.

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