Penser différemment l’entreprise à l’ère de l’Uberisation

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Quand Dominique Scalia, Président de l’Observatoire COM MEDIA a demandé à Cédric Villani de décrire la situation actuelle de l’économie lors de leur rencontre avec le Comité Richelieu, l’Observatoire COM MEDIA et bien d’autres, 3 mots ont raisonné : incertitude, violence, connexion.

Tout d’abord, l’incertitude. Elle traverse les âges et n’est pas un phénomène nouveau. Elle peut se ressentir quand on arrive à la fin d’un système connu et admis de tous. Cette fin peut alors générer du désespoir et de l’inquiétude du fait des changements auxquels la population devra faire face. C’est par exemple le cas du numérique qui, en prenant le pas sur le physique, va être de plus en plus présent. Il faut alors que les individus s’habituent à ce changement de paradigme mais cette nouvelle situation risque alors de créer de l’incertitude.

Puis il y a la violence. Elle peut apparaître quand les individus ne croient plus en une utopie, en une idéologie ou dans la possibilité qu’ils fassent encore partie de cette société. Et s’ils pensent qu’ils sont exclus de la société, ils essayeront de s’intégrer par la force.

En ce qui concerne la connexion, on voit apparaître une certaine dichotomie. Avec Internet, nous sommes tous à la fois connectés et déconnectés au même instant. Nous sommes connectés grâce au numérique, au digital, aux objets connectés et aux réseaux sociaux mais également déconnectés car les individus ont tendance à s’isoler, se refermer sur eux même et se rassembler en catégories.

Ainsi, nous évoluons dans un monde qui subit sans cesse des bouleversements. L’ubérisation en est la preuve par excellence. D’ailleurs, ce phénomène récent a déjà bousculé des modèles économiques existants et notre façon de consommer. Jean-Pierre Gérault, le président du Comité Richelieu a souhaité nuancé les mots clés de Cédric Villani en décrivant la situation actuelle avec les mots suivants : mémoire, immédiateté, liberté et humanité.

Il a souhaité évoquer la mémoire car, plus on laisse l’intelligence artificielle prendre sa place dans la société, plus on perd la notion de mémoire et le rapport au temps. Ce rapport au temps qui a également évolué et basculé dans l’immédiateté des actions. Par exemple, dans les entreprises, les salariés sont immédiatement sollicités avant même d’avoir commencé à travailler. Ils passent leur temps à répondre à des stimuli qui n’apportent aucune valeur. La liberté permet, elle de pouvoir développer des outils pour soulever certains leviers. Puis vient l’humanité. Avec le digital, jusqu’où peut-on aller ou ne pas aller ? Avec l’intelligence artificielle et la robotique, jusqu’où sommes-nous considérés comme humain ?

Cette description de la situation actuelle englobe bien entendu la notion d’ubérisation. Toutefois, comment définir ce phénomène ? L’Observatoire de l’Ubérisation n’a pas souhaité en donner une définition stricte et concrète. Selon eux, on ne peut pas mesurer un phénomène ou le décrire, si nous n’en possédons pas avant tout une vision. En essayant de regrouper des catégories différentes, ils essayent de déterminer une certaine vision de l’ubérisation et non une définition.

De nombreuses entreprises utilisent aujourd’hui ce phénomène pour créer leur business. Sans parler des géants comme Uber ou Airbnb, il y a en effet des startups comme Creads qui bâtissent leurs entreprises sur ce modèle. Creads est une plateforme qui regroupe des créatifs qui sont mis à disposition des entreprises dans le but de créer des supports de communication. Selon le cofondateur de cette entreprise, Julien Méchin, l’ubérisation peut être définie suivant plusieurs éléments. Ces derniers sont : une plateforme digitale, une communauté et des ressources qui étaient avant en interne et qui sont aujourd’hui en externe, la notion du temps réel et la connexion, la notation de la communauté et la data générée.

Comme tout nouveau phénomène, l’ubérisation ne fait pas l’unanimité et un certain nombre de polémiques apparaissent. La question de la destruction d’emploi prend alors son importance dans le débat. Pour y répondre, nous pourrions effectivement affirmer que ce nouveau modèle économique peut détruire des emplois mais qu’il en crée d’autres par la suite. Par exemple, Uber a peut-être détruit des emplois dans les compagnies de taxis mais il en crée d’autres en donnant l’opportunité à de nouvelles personnes de travailler en tant que VTC. C’est alors le principe même de la destruction créatrice.

Cette Ubérisation de certains secteurs de l’économie a des effets positifs tout autant que négatifs. Il est toutefois un peu tôt pour en tirer des conclusions définitives sur la valeur que cela aura apportée ou créée. Accroissement de marchés, génération ou augmentation de revenus, amélioration du service rendu, rapidité de l’offre face à une demande… Autant d’effets positifs visibles dans certains marchés pour remettre un service au niveau attendu par les consommateurs, et qui génèrent une remise en question de modèles économiques établis parfois depuis longtemps.

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