samedi, octobre 31, 2020

Avec la crise, le secteur de l’image en France risque-t-il le clap de fin ?

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Observatoire COM MEDIAhttp://obs-commedia.com/
L’Observatoire COM MEDIA regroupe, depuis 2008, près de 300 acteurs de la filière de la communication (annonceurs, prestataires et institutionnels). L’association a matérialisé son positionnement autour des enjeux de la nouvelle économie de la communication. Les travaux réalisés portent sur le décloisonnement des métiers/secteurs, sur la structuration de la filière (constituée de 41 000 entreprises réparties en 19 secteurs d’activité) et sur l’accélération du business des entreprises par leur mise en relation entre les acteurs à travers des événements, des groupes de travail et des plateformes numériques.

La période inédite de confinement que nous avons vécue, avec ses conséquences sur des pans entiers de notre économie, n’a pas épargnée le secteur de l’image.
Nous avons recueilli les propos de Bernard Chaussegros, Président de l’OTA (Observatoire de la Transformation Audiovisuelle), le think tank de référence pour la description et la compréhension des mutations de l’industrie de l’image
et membre du conseil d’administration de notre association.

Quel regard portez-vous sur la situation du secteur de l’image en France aujourd’hui ?


Les professionnels de l’image subissent à la fois le fort ralentissement de l’activité de leurs clients, les restrictions des mesures sanitaires et le bouleversement du comportement des consommateurs qui modifient les rapports de force entre les différents médias.

D’un côté, on note bien une augmentation de la consommation de programmes (films, séries, documentaires) sur les plateformes d’abonnement et du trafic des réseaux sociaux. Le digital connaît ainsi une croissance accélérée du fait du confinement et des restrictions sanitaires limitant drastiquement les déplacements et les réunions.

A l’inverse, la fermeture, puis la limitation du nombre d’entrées, des parcs, musées, théâtres et cinéma menacent des milliers d’emplois tandis que la production d’image redémarre timidement et difficilement.

« Sur l’ensemble des secteurs culturels, 4 d’entre eux subissent près de 70% de la perte d’activité en 2020 en termes de chiffre d’affaires par rapport à 2019
(soit -22 Md€) : audiovisuel et cinéma, spectacle vivant, agences de publicité et arts visuels* »

Les aides gouvernementales n’ont-elles pas joué leur rôle d’amortisseur ?

Je salue l’immense effort d’accompagnement de l’Etat durant cette crise, surtout si on le compare à ce qui s’est fait chez la plupart de nos voisins. Mais si le gouvernement français a su prendre la pleine mesure de la gravité de la situation, il n’en demeure pas moins que notre économie, basée en grande partie sur les services, est intégrée à une économie mondiale toujours en panne. Dans l’immédiat, on ne peut que constater que les annonces de plans sociaux s’accumulent. Ainsi, tous secteurs confondus, on dénombrait 70 000 défaillances d’entreprises fin 2009 contre probablement autour de 100 000 à la fin du 4eme trimestre de cette année.

Alors, si le secteur de l’image a été soutenu par les pouvoirs publics, il n’en demeure pas moins qu’on arrive au bout des aides et qu’il nous faut réfléchir dès à présent aux solutions pour que l’économie puisse reprendre ses droits dans un contexte encore incertain.

Quelles sont les difficultés auxquelles fait face le secteur de l’audiovisuel. ? Et quelles sont ses perspectives ?

L’image ne va pas disparaître, mais elle va être « consommée » différemment. En premier lieu, je souligne que les changements de comportement des consommateurs sont à la fois brutaux et concernent toutes les tranches d’âge. Nous n’assistons pas à un transfert d’usage progressif comme on a pu le voir auparavant avec la cassette vidéo, le CD puis le DVD, mais à un véritable basculement, brutal et rapide, de la population vers des nouveaux supports. Ainsi les moins de trente ans visionnent des films ou jouent sur leurs tablettes tandis que leurs ainés se sont massivement habitués aux plateformes de streaming et aux replays des chaînes de télévision. Il est même possible désormais de produire ses propres vidéos, de se filmer en se mettant en situation grâce à des applications et des logiciels à la fois accessibles et performants en matière de montage, de son, d’incrustation, etc.
En tout cas l’offre croissante de plateformes de streaming et leur consommation accrue par rapport à la télévision et au cinéma favorisent encore plus les productions étrangères au détriment de notre production nationale.

Du côté des entreprises, les grands groupes seront relativement épargnés grâce à leur taille critique leur permettant d’investir et de s’adapter, mais les petites structures placées sous perfusion ne pourront pas survivre si leurs carnets de commande demeurent vides.

La filière de l’audiovisuel est tributaire de nombreux secteurs par ailleurs en grande difficulté. J’ai mentionné les cinémas, mais il faut aussi compter avec l’industrie sportive et le tourisme qui sont des contributeurs majeurs à l’activité des fabricants d’image, sans oublier les marques qui font de la communication une variable d’ajustement en privilégiant le digital plutôt que des tournages de spots publicitaires classiques.
On note d’ailleurs que la télévision a vu les dépenses publicitaires des annonceurs baisser de 26,3 % au 1er semestre 2020 par rapport à 2019 alors que les dépenses dans les médias digitaux n’ont baissé « que de » 9,8 % dans le même temps (Source France PUB).
Ainsi, la télévision et le cinéma voient leurs ressources considérablement affaiblies alors que les plateformes de streaming, dépourvues de toute dépendance à la publicité, continuent de prendre des parts de marché sur le marché audiovisuel.

Je suis certain que la filière saura s’adapter et évoluer pour accompagner ces mutations accélérées. L’image s’affichera désormais sur 360°, passant d’un film linéaire à un jeu interactif pour revenir sur des applications « do-it-yourself » sur un écran de télé, un mobile ou une tablette. Cela ne se fera pas sans « casse » et toute la chaîne de valeur va s’en trouver bouleversée. Il faudra savoir produire aussi bien pour moins cher, peut être au moyen d’images virtuelles qui ont commencé à remplacer des décors réels voire même des acteurs.

Mais, si je n’ai pas trop d’inquiétude sur les capacités de l’industrie de l’image à se réinventer, j’ai toutefois des réserves quant au renouvellement des catalogues qui passera par la création de contenus. En effet, les plateformes de distribution de programmes à la demande parviennent jusqu’à présent à satisfaire des publics qui surconsomment de l’image, mais elles se retrouveront inéluctablement dans une impasse si l’industrie de l’image n’est plus en capacité de produire des nouveautés.

De surcroit, l’image est devenue si commune, si accessible, que le grand public exige toujours plus et mieux et n’a pas toujours conscience des énormes moyens mis en œuvre pour le satisfaire.

En temps de crise, je crois fondamentalement qu’il est vital de considérer les opportunités offertes sans ignorer les risques. Nous devons plus que jamais faire preuve d’audace et combiner nos talents et nos expertises pour répondre aux défis qui nous sont lancés. Mais il est inévitable pour nous de poser la question du retour à une situation qui équilibre davantage les exigences économiques avec les impératifs sanitaires. Sans quoi, bon nombre de nos entreprises subiront le « clap de fin » ce qui constituerait pour notre pays un appauvrissement de sa culture et de ses valeurs. C’est même notre exception culturelle qui nous est si chère qui peut se trouver en péril.

*Etude « ANALYSE DE L’IMPACT DE LA CRISE DU COVID-19 SUR LES SECTEURS CULTURELS » par le Département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS) du ministère de la Culture. Population étudiée 7829 entreprises & associations, 115 têtes de réseau, 8 fédérations ou groupements professionnels, DGMIC, DGCAn DGP et CNC.

Découvrez le livre coécrit par Bernard Chaussegros et Frédéric Lefebvre

Lire l’article sur le livre « COVID-19 : et après ? » 10 commandements pour un Nouveau Contrat humaniste et durable »

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